La nuit d'automne était brumeuse et fraîche; les rues de la ville, presque désertes. Les derniers débits d'alcool et d'illusions étaient fermés depuis un moment déjà. Seuls quelques passants lointains et quelques voitures bruyantes me rappelaient que le temps ne s'était pas arrêté en cette nuit. Tout me semblait si froid, si mort, si dépourvu de toute humanité. Était-ce moi ? Était-ce la ville ? Était-ce l'univers entier qui s'était ainsi abîmé dans des ténèbres sans fond ? Je n'aurais su dire.
Ces silhouettes qui se pressaient au loin avaient quelque chose de réconfortant : je n'étais pas seul au monde. D'autres êtres comme moi existaient aussi, avec leurs souvenirs, leurs douleurs, leurs craintes et leurs espoirs. Mais ces ombres étaient-elles vraiment comme moi ? Ma situation n'avait-elle pas quelque chose de tout à fait unique, d'irréductible à la leur ? Sans doute était-elle aussi unique que toutes les autres. Mais le mal de vivre qui m'affligeait en ce moment, à tout le moins, semblait bien être quelque chose que peu d'entre eux partageaient.
Depuis qu'elle m'avait quitté, je n'étais plus le même. Je m'étais bien nourri pendant quelque temps de l'espoir de la retrouver un jour, mais maintenant, j'avais compris. Elle ne reviendrait jamais. Elle me serait à jamais inaccessible, l'inaccessible même. Toujours elle trouverait à m'éviter. Celle qui détenait la clé de toutes mes joies et de toutes mes peines m'avait repoussé, me rejetant parmi la foule de ceux qui la regardent au loin et qui l'attendent en silence, un silence de mort.
J'avais beau comprendre, plus je ressassais en moi ces pensées, dans l'espoir de m'y faire, moins je les acceptais. Il y avait là quelque chose comme un cercle. - Sans doute la souffrance devient-elle plus grande encore à la lumière de la conscience qu'on en prend. Penser à sa douleur fait souffrir encore plus, et ici commence une pente glissante où il est facile et risqué de perdre pied. Plus d'un y ont sombré, dont de plus faibles qu'eux n'ont trouvé qu'à déplorer la faiblesse d'âme. On a d'ailleurs inventé bien des mots pour diagnostiquer les maladies de l'âme, mais trop souvent leur inventeur n'était pas assis dans la bonne chaise.
Il est un mal dont on parle peu, puisqu'en souffrir enlève tout désir d'en parler. C'est un mal qui est certes difficile à vivre, mais plus difficilement encore se laisse-t-il comprendre et expliquer. Ce qui est le plus proche du vécu semble parfois le plus lointain lorsqu'il s'agit de le traduire en concepts. Peut-être la raison est-elle précisément ce qui nous garde à distance d'une pleine compréhension du mal en question, car celui-ci n'est pas entièrement rationnel. Il implique l'être entier, jusqu'en ses bas-fonds les plus reculés, là où la raison elle-même se confond au flot des émotions et des pulsions les plus vives. Tout au plus peut-on essayer d'en témoigner, malgré tout ce qui se perd à travers le miroir déformant des mots. Quant à ce qu'on voudra bien y voir, cela dépendra de ce qu'on voudra bien y mettre de soi-même.
Ce qui n'avait donc commencé qu'en une tristesse vague s'était peu à peu amplifié, au point de devenir insupportable. C'était bien plus que la simple douleur d'un cœur brisé par une union impossible. Ce n'avait été là que le point de départ de toute une suite de développements, qui m'avaient peu à peu conduit à mettre en question jusqu'à mon existence même. C'était le centre de toute une vie qui s'était effondré devant mes yeux, sans que j'aie le pouvoir ou la force d'y changer quoi que ce soit. Je ne pouvais que subir en silence, seul avec ma douleur et le poids de ce monde à porter; ce monde qui me semblait de plus en plus distant et étranger, qui semblait pâlir lentement devant mes yeux, au point que j'avais parfois peur qu'il disparaisse complètement. Mais était-ce bien le monde qui devenait étranger ? N'était-ce pas plutôt moi qui étais de plus en plus étranger à moi-même ? Certaines frontières ne se laissent pas facilement tracer, surtout lorsqu'on est à bout portant des évènements.
Du banc où j'étais assis, au bord de la promenade qui longe la rivière Saguenay, on pouvait voir le quartier nord sur l'autre rive, derrière des nappes de brouillard qui lui donnaient un air de mauvais rêve. La ville était plongée dans un sommeil comateux, baignant dans les lueurs jaunâtres de ses milliers de lumières artificielles et de ses enseignes au néon appelant à tous les vices. Je pouvais distinguer l'imposante côte Ste-Geneviève de l'autre côté du pont, côte que j'allais bientôt devoir remonter pour rentrer chez moi, comme à tous les soirs. Le lendemain, je devrais la redescendre pour aller travailler, dans l'engourdissement d'un quotidien devenu complètement banal; puis je recommencerais la même routine le jour suivant, comme un damné roulant sa bosse sans trop y croire.
Malgré toutes ces pensées sombres qui m'accablaient, je trouvais à la nuit quelque chose d'apaisant. Je me réfugiais désespérément dans l'instant présent, comme à la seule chose qui m'appartienne entièrement et que nul ne puisse reprendre. Comme un chasseur d'étoile sous un ciel trop grand, je m'efforçais de saisir cette mystérieuse lueur qui me fuyait toujours. Mon seul réconfort venait du vent qui me caressait le visage, de la fraîche odeur de la nuit que je respirais à pleins poumons, du bruit de l'eau glissant sur les pylônes du pont, de ces lumières lointaines auxquelles mon regard était suspendu, alors que toute logique m'abandonnait. C'est dans de tels instants seulement, dans la pure intensité d'une sensation, d'une impression fugace, que j'avais l'occasion de revivre enfin, de retrouver ce sentiment perdu de mes premières années, quand l'harmonie régnait encore dans un cœur aujourd'hui dévasté.
Le temps avait fait son œuvre. Comment avais-je pu en arriver là ? Comment en étais-je venu ainsi à perdre possession de moi-même, comme si mon âme s'était dispersée en milliers d'éclats que je m'efforçais en vain de rassembler ? Je revoyais tout un passé défiler devant mes yeux, comme à la dernière heure, redonnant vie aux instants morts en leur prêtant les couleurs du présent. Je remontais la trame de mon histoire, en spectateur passif d'une vie qui me semblait presque être celle d'un autre, pour être sans cesse reconduit à cette rupture originelle où tous mes malheurs avaient commencé. Tant de souffrances au nom de l'amour ! J'avais fait la folie d'ouvrir mon cœur, ignorant alors que de cette brèche trouverait à s'infiltrer toute une mer de souffrances. La petite brèche s'était peu à peu érodée, au gré des larmes de mer salines qui avaient filtré de ses parois : c'était maintenant devenu un gouffre, et j'avais peine à garder la tête hors de l'eau.
Des bruits de pas qui se rapprochaient de moi vinrent interrompre le cours de ces pensées troubles. Je levai les yeux, curieux de voir quel genre de personne pouvait bien être encore dehors à cette heure de la nuit. C'était un simple passant, un inconnu comme tant d'autres, dont on ne saurait dire quoi que ce soit sans risquer fort de se tromper. Son regard croisa le mien pendant un bref instant lorsqu'il passa près de moi. Je baissai les yeux, mais j'eus le désagréable sentiment d'être observé pendant encore quelques secondes. J'avais toujours eu horreur de ces situations où quelqu'un peut nous regarder sans être vu. Je ne pouvais m'empêcher de penser que ce regard inquisiteur formait sur moi un jugement et que ce jugement était sûrement faux. Je savais par expérience que lorsque j'étais ainsi profondément enfoui en moi-même, mon expression prenait un air étrange qui n'était pas sans susciter la curiosité. "Il doit penser que je suis fou", me dis-je en moi-même. Mais aussitôt : "Tu es paranoïaque mon vieux", m'adressai-je avec reproche, et non sans une pointe d'ironie qui se traduisit par un léger sourire en coin. J'étais sur une place publique après tout, et la plupart des gens ne venaient-ils pas ici précisément pour être vus ?
J'avais toujours préféré la solitude de mes quatre murs à l'activité grouillante des lieux publics. Mais, à cette heure de la nuit et au point où j'en étais, qu'avais-je donc à perdre ? Depuis quelque temps, j'avais pris l'habitude de venir ici parfois, la nuit, quand le sommeil m'était rendu impossible par une inqualifiable angoisse qui me rongeait de l'intérieur. C'était pour moi une occasion de tenter de faire le point, une fois de plus, même si j'en restais le plus souvent au même point. Quelque chose semblait aussi m'appeler au dehors, sans que j'arrive à identifier exactement quoi. Sans doute était-ce quelque secret désir des grands espaces, mêlé au sentiment confus que quelque chose devait arriver, que tout ne pouvait pas continuer éternellement ainsi, c'était trop absurde.
Je me laissais aller parfois à rêver que j'y ferais une rencontre qui changerait ma vie pour toujours; qu'un beau soir d'automne, sur ce même banc où je suis assis, je trouverais une autre âme solitaire comme la mienne, un cœur qui saurait combler cet immense vide qui s'était creusé dans le mien. Mais, aussitôt, ma raison me rappelait à l'ordre, me martelant le crâne de son immuable voix sèche et chargée de reproches : "Malheureux ! Je te surprends encore en train de rêver ! N'as-tu donc pas appris ? N'as-tu pas assez souffert pour savoir que tout cela n'est que le fruit de ton imagination maladive ? Tu auras beau t'inventer tous les rêves, tu sais fort bien qu'au bout du compte tu seras toujours seul malgré tout !" Ces derniers mots résonnèrent dans ma tête comme un glas funèbre.
L'air se faisait plus froid, le brouillard plus dense. L'humidité commençait à me transir le corps jusqu'aux os. "Ne serait-il pas plus sage de rentrer ?", pensai-je en moi-même, dans une soudaine volonté de fuir cet inconfortable état dans lequel je me sentais m'enfoncer de plus en plus. Mes membres s'étaient graduellement engourdis sans même que je m'en aperçoive, trop occupé que j'étais à chercher des causes et des raisons à ma situation. Ces réflexions des dernières heures avaient absorbé toute mon attention et toutes mes énergies, tellement que j'en étais devenu presque insensible au monde extérieur.
Je me résolus donc à entreprendre la traversée du vieux pont. Depuis longtemps, ce pont était réservé aux seuls piétions et il était particulièrement apprécié des gens désespérés. Plus d'une fois au cours des dernières années, des malheureux s'en étaient servis comme tremplin pour plonger vers ce qu'ils considéraient sans doute comme une amélioration de leur sort. "Choisit-on jamais de changer pour le pire ?", me surpris-je à dire tout haut, comme si j'espérais que les morts m'entendent et me répondent. J'avais encore en tête le souvenir d'un jeune homme qui s'était jeté du haut du tablier, il y avait de cela quelques semaines à peine, et dont on ne parlait déjà plus.
J'étais vivant. Ces pensées me le rendaient plus présent que jamais à la conscience. J'avais tendance à l'oublier. Tous mes sens s'étaient soudainement aiguisés, comme si j'avais été subitement tiré d'un profond coma de plusieurs jours. Les évènements des derniers jours m'apparaissaient maintenant comme un souvenir déjà lointain, un rêve à peine vécu. Je n'avais goûté le temps que du bout des lèvres. Mais où donc avais-je été pendant tout ce temps ? Qu'avais-je donc fait ? Avais-je vraiment vécu, ou n'avais-je fait que semblant de vivre ?
"La médiocrité est pire que la mort." C'est ce que je me répétais depuis que j'étais tout jeune. Mais voilà que depuis quelque temps je m'y sentais sombrer malgré moi. La lassitude et l'indifférence me gagnaient, elles proliféraient en moi comme un virus incontrôlable. Je ne vivais plus qu'en de rares îlots de conscience perdus au milieu de l'océan du temps. Il m'arrivait parfois de m'éveiller en sursaut au beau milieu d'une rêverie ou d'une action tout à fait banale, pour me demander où j'étais et ce que j'étais en train de faire. J'en concluais par la suite que ce n'avait été là qu'un bref accès de folie et que tout était parfaitement normal. Ou n'était-ce pas plutôt le contraire ?
Je m'arrêtai au centre du pont, pris d'un soudain vertige. Un frisson me parcourut l'échine à la vue du Saguenay noir qui s'ouvrait sous mes pieds. Son calme sombre et froid avait quelque chose d'invitant. Je pouvais presque entendre son appel, comme un chant de sirènes au milieu du grondement sourd de l'eau qui s'engouffrait sous le pont : "Viens vers moi, misérable humain, et je te délivrerai de ton fardeau; plus jamais on ne te fera du mal, plus jamais on ne te mentira."
Je restai un long moment à contempler ainsi les profondeurs. Je levai les yeux vers la ville, puis à nouveau, mon regard se plongea dans la masse obscure de l'eau. Dans un ultime élan de conscience, je m'efforçais de saisir ce que pouvait bien être la différence entre mon état actuel et celui qui m'attendait de l'autre côté. Y avait-il vraiment une différence ? N'étais-je pas déjà, de toute façon, un mort-vivant ?
Alors que j'étais plongé de tout mon être dans ces questionnements, j'eus cette étrange vision : je me vis transporté en un éclair aux instants premiers de mon existence, à l'heure solennel où ma conscience se préparait à émerger à la surface du monde. Égaré au milieu des ténèbres qui m'entouraient encore, je voyais surgir dans la nuit des millions de rêves possibles; je voyais s'ouvrir devant moi des chemins pavés d'instants suspendus dans l'infini, qui n'attendaient que le passage d'une âme pour s'éclairer. Partout où mon regard se portait, des mondes se faisaient et se défaisaient, des êtres naissaient et puis mourraient, des univers entiers explosaient au coeur même de la nuit. À cet instant même, tous les espoirs étaient encore permis pour une âme aspirant à l'existence.
Tout cela ne dura qu'un instant et je fus bientôt entraîné malgré moi dans le sillage de mon destin. Mais juste avant d'être emporté, je me souvins avoir alors tout juste eu le temps de prononcer ce souhait : "Je veux pouvoir un jour me souvenir de tout ça, je veux pouvoir connaître d'où je viens !" Puis je fus emporté et tout s'embrouilla pendant longtemps.
J'étais toujours sur le pont. Cette vision semblait avoir occupé mon esprit pendant de longues minutes. Pourtant, ma montre indiquait presque la même heure que la dernière fois que je l'avais regardée. J'avais sans doute confondu le temps réel avec le temps parcouru dans mes souvenirs. Ces derniers évènements avaient passablement bousculé ma notion du temps. J'avais même du mal à dire si cette vision appartenait bel et bien au passé ou si elle ne venait pas plutôt de se produire à l'instant même devant moi.
Ce souhait prononcé à l'aube de ma vie, avait-il vraiment eu lieu ? Tout cela n'avait-il été qu'une illusion, une hallucination existentielle ? Les choses ne s'étaient probablement pas passées d'une manière aussi consciente et articulée que me le dépeignait ma vision du moment, mais l'intention avait bel et bien été là, j'en étais convaincu maintenant. Elle s'était simplement transposée par la suite en une métaphore plus facile à saisir pour l'esprit.
J'en étais convaincu, parce que c'était la seule façon d'expliquer tout le reste. On dit en effet que les premiers instants sont déterminants pour le reste de la vie. En y réfléchissant bien, je pouvais maintenant constater que de nombreux évènements survenus tout au long de ma vie, qui m'étaient d'abord apparus comme purement fortuits et arbitraires, étaient en fait des conséquences directes de ce voeux originel. Ces hasards du destin, ces situations anodines, semblaient avoir été triés sur le volet dans le seul but de m'amener un jour à me remémorer ce souvenir lointain, cet appel lancé à moi-même du fond des âges.
Ça pouvait également expliquer pourquoi, très tôt dans ma vie, je m'étais lancé dans toutes sortes de recherches sur mes propres origines; pourquoi je m'étais peu à peu isolé pour me consacrer entièrement à une quête dont j'ignorais encore l'objet; et pourquoi encore j'avais toujours eu cette propension à évoquer les souvenirs d'antan, à me replonger dans la candeur d'une jeunesse perdue. Même mon désespoir pouvait se justifier ainsi : sans lui, jamais je n'aurais été sur ce pont à cette heure de la nuit; sans lui, jamais les circonstances favorables à cette réminiscence ne se seraient trouvées rassemblées.
Mais puisque j'avais maintenant répondu à ce souhait premier, puisque je commençais à mieux comprendre d'où tout ça était parti et comment j'en étais arrivé là, étais-je donc finalement parvenu à mon but ? La boucle était-elle enfin bouclée ? Que me restait-il alors à espérer ? Quelle serait la quête qui m'occuperait désormais ?
J'étais toujours seul sur le pont. La vision s'était maintenant éteinte, le souvenir aussi. J'étais là, immobile, à fixer la rivière noire dans l'espoir de faire revivre cet instant magique dans lequel tout s'était soudainement justifié, quelques minutes plus tôt. Mais, plus rien. La rivière ne parlait plus. La fenêtre de ma conscience avait commencé à se refermer. Si seulement j'avais pu immortaliser cette vision dans ma mémoire, si seulement j'avais pu capturer cet instant éternel !
Mais voilà, la vision n'avait été que momentanée. L'idéal ne s'était laissé entrevoir que de façon éphémère et imparfaite. Il m'en restait encore un vague souvenir, mais tout pâlissait rapidement dans ma conscience. Le souvenir perdait de plus en plus de son éclat. Les contours étaient toujours visibles, mais les nuances et les subtilités s'étaient peu à peu effacées. Tout serait à recommencer, un autre jour.
J'aurais pu me consoler en me disant que c'était un mal nécessaire et que de toute façon, mon corps n'aurait pu supporter en permanence un tel état de tension. Ce souvenir, après tout, n'était pas complètement disparu. Il continuait de vivre en moi, bien qu'à un degré d'intensité moindre, à travers les rouages de l'inconscient. Il continuait d'influencer secrètement mon destin et de préparer le terrain aux prochaines visions. Il lui arriverait peut-être même de se manifester à l'occasion, dans ma vie de tous les jours, derrière des signes et des symboles qui me rappelleraient sa présence, l'espace d'un instant.
Mais c'était trop peu pour me consoler. Je ne pouvais m'empêcher d'éprouver une profonde tristesse en voyant s'effacer ainsi un souvenir si âprement retrouvé. Il me fallait me résigner à sombrer dans une léthargie qui allait peut-être durer des jours, ou qui sait, des mois. Ce désespoir n'était probablement pas une fatalité de mon âme elle-même. C'était peut-être seulement une conséquence du tempérament mélancolique et rêveur qui m'avait été donné. Mais mon coeur avait soif de liberté et d'immensité. Il supportait mal cette tyrannie des besoins et du monde extérieur. Mais que pouvais-je faire ? Existait-il une solution ? Malgré quelques rares certitudes arrachées de force à l'univers muet, je restais accablé de nombreux doutes. C'est comme s'il manquait toujours quelque chose... comme si on y revenait toujours.