La nuit dansante


Je suis devant une nuit entière d'ombres dansantes et de lointaines lumières artificielles. Mais où suis-je ? Je ne suis nulle part, ou au milieu du néant peut-être, mais toujours la perspective d'être vivant m'ouvre l'horizon. La nuit se referme autour de moi, me laissant seul avec le fardeau d'un monde à porter. Il n'y a plus que cette musique intérieure, cette étrange musique de mots, pour attiser mon cœur et le faire vivre un instant de plus.

L'épaisseur étouffante des ténèbres m'enveloppe de sa froideur glacée. Mon cœur tendu vibre de sa solitaire passion, qu'il décharge en rythmes familiers. Mes yeux fatigués ne perçoivent plus que de vagues taches de lumières floues, là où j'avais pourtant cru distinguer des formes. Il n'y a rien ici. J'ai dû rêver. J'ai bien dû rêver une centaine de milliers de fois.

Il y a tout juste l'écho d'un passé disparu, dont la clameur dort en silence dans quelque repli secret de mon cœur. Puis il y a l'immense appel du lendemain, vers où je tombe en retenant ma chute par quelques mots. Je ne suis nulle part, et pourtant je suis encore vivant. J'ai abandonné tout ce qui faisait de moi un homme. J'ai laissé derrière mon manteau de fausse fourrure et tous les biens que je croyais acquis. Me voilà seul à présent, avec ce qui reste de moi-même - si peu. Il fait plus froid, mais je me sens plus léger, ô combien plus léger !

 
 



















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