Nos jours sont gravés dans les cieux de toute éternité. Dans l'infini sans épaisseur d'où sont issues toutes choses, il fut dit depuis toujours que ce jour brillerait. Le vent qui souffle porte en lui quelque chose de l'Éternel, quelque chose qui vient de plus loin que le plus lointain passé, d'un âge plus profond que le fin fond des âges.
En ces temps immaculés d'avant le premier conflit, en ces lieux de pure et de parfaite unité, par-delà le chaos et les choses finies, un éclair jaillit dans l'obscurité profonde. L'équilibre divin, qui règne hors du temps pour les siècles des siècles, subit en son sein d'étranges tourmentes. Des forces occultes s'opposèrent et enflammèrent la nuit, des milliards de rêves possibles fusèrent des profondeurs de l'infini, les visions de cent mille mondes s'engendrèrent au coeur du chaos primitif. Tout l'univers du possible a pu s'étaler ainsi dans cet instant figé.
Puis un oeil s'est ouvert sur le mystère du jour déployé. Par le concours de puissances inouïes, des regards émergèrent et façonnèrent des mondes. L'oeil de Dieu, jadis infini, en milliards d'éclats se dispersa dans les ténèbres, comme autant d'étincelles dans la nuit qui brillent à chaque instant de leur présence.